Planifier un circuit grâce aux outils numériques

« Je mène des recherches sur la céramique japonaise depuis 2008. Au début, je recueillais principalement des informations sur Internet. Par la suite, j’ai approfondi mes connaissances grâce à des ouvrages spécialisés, mais aussi en visitant des musées au Japon et en France, des galeries spécialisées dans la céramique, ainsi qu’en échangeant avec des collectionneurs. Ces dernières années, j’utilise également Facebook et Instagram, qui se sont révélés être des sources d’information étonnamment riches et précieuses. »

« Si j’analyse ma propre personnalité, je dirais que je suis quelqu’un d’extrêmement méthodique, peut-être même trop. J’aime organiser les choses avec précision et les planifier dans les moindres détails. Par exemple, dans les favoris de mon navigateur Internet, tout est classé par préfecture japonaise, puis subdivisé en différentes catégories : ateliers de céramistes, musées, galeries, autres métiers d’art, sites officiels des préfectures, hôtels, restaurants, sanctuaires et temples. Tous les lieux enregistrés correspondent soit à des endroits que j’ai déjà visités, soit à des destinations que je souhaite découvrir un jour. »

« Pour moi, ces archives ne sont pas de simples notes de voyage ou de recherche. Elles constituent également la mémoire de lieux déjà visités, qu’ils soient célèbres ou situés dans des régions plus reculées, ainsi que le souvenir de rencontres précieuses et irremplaçables. »

« En regroupant sur Google Maps tous mes repères personnels, les sites Internet que je consulte comme références ainsi que les adresses des ateliers, j’ai pu planifier de manière beaucoup plus efficace mes circuits consacrés à la céramique. Aujourd’hui, Google Maps est devenu un outil indispensable pour mes déplacements au Japon. Grâce à lui, je peux également organiser sans difficulté mes rendez-vous et mes visites auprès des céramistes.
Je suis convaincu que tous les céramistes devraient disposer d’un profil Google Business, dont l’inscription est gratuite et simple à réaliser. C’est un moyen extrêmement efficace de faire connaître leur activité et leurs œuvres à travers le monde. À mes yeux, cet outil est devenu indispensable pour promouvoir largement un atelier et diffuser le travail de création auprès d’un public international. »

Départ pour le « Ceramic Tour »

« En 2023, j’ai entrepris pour la première fois un « Ceramic Tour ». »

« Pendant six semaines, du 7 mars au 18 avril 2023, j’ai voyagé à travers tout le Japon afin de visiter les principaux centres de production céramique du pays, notamment les Six Anciens Fours du Japon — Seto, Tokoname, Shigaraki, Echizen, Tamba et Bizen. Parallèlement, dans l’espoir de pouvoir compter sur leur collaboration pour les expositions saisonnières des collections de Maison Wabi-Sabi, j’ai rencontré plus de vingt céramistes. »

« Ce « Ceramic Tour 2023 » m’a également procuré une joie toute particulière. J’ai enfin pu rencontrer des céramistes qui, bien avant le début de ce voyage, avaient déjà contribué à nos expositions grâce à leurs œuvres présentes dans les premières collections. »

« Il s’agit de Aoi WATANABE et de son père Toshiharu WATANABE, actifs dans la préfecture d’Akita, d’Euan CRAIG dans la préfecture de Gunma, de Hideo KURATA dans la préfecture de Mie, ainsi que de Tomoo HAMADA dans la préfecture de Tochigi. »

Shokunin - Euan CRAIG au tour à pied
Shokunin – Euan CRAIG au tour à pied
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Source des photos : Yann san de Maison Wabi-Sabi

« Ce fut le moment où des liens tissés au fil des années à travers leurs œuvres se sont enfin concrétisés par une rencontre réelle. »

« Parmi tous ces souvenirs, l’un des plus marquants reste l’invitation que m’a adressée Tomoo HAMADA à participer à une cérémonie de thé Sencha organisée dans la maison de son grand-père, Shōji HAMADA. »

« Au début du périple, je suis allé rencontrer Manabu YOSHIDA dans la préfecture de Chiba, ainsi que Yūichi YUKINOURA dans la préfecture d’Iwate. Grâce à la recommandation de Steve BEIMEL, de JapanCraft21, j’ai eu l’opportunité de rencontrer un grand céramiste de Shigaraki : Satoshi ARAKAWA. »

« Tout au long de ce voyage, ma passion sincère pour la céramique m’a permis de faire de nombreuses nouvelles rencontres avec des céramistes.
Au cours de ce périple, je ne me suis pas limité à visiter des musées spécialisés, des galeries, des boutiques de céramique ou les ateliers des artistes. J’ai également parcouru les anciens centres de production des Six Anciens Fours ainsi que de nombreux sites de cuisson profondément enracinés dans les traditions régionales. J’ai eu la chance de découvrir des villes et des villages intimement liés à la culture japonaise, des lieux qui ont nourri l’histoire de la céramique pendant des siècles. »

« Ce voyage n’était pas seulement une mission de recherche. C’était aussi l’occasion de constater de mes propres yeux que la culture céramique japonaise continue aujourd’hui de vivre au cœur des territoires et du quotidien de leurs habitants. »

« Lors de mon deuxième « Ceramic Tour », à l’automne 2024, un événement inattendu est survenu. Durant ce voyage, j’ai rencontré des céramistes dans différentes régions du sud de Honshū et de Kyūshū. Depuis Kagoshima, j’ai rejoint l’île de Tanegashima en bateau rapide afin de rencontrer Shōgo IKEDA et sa mère, qui m’ont réservé un accueil particulièrement chaleureux. »

« Cependant, en raison de la dégradation des conditions météorologiques, le bateau prévu pour mon retour a été annulé. Ce qui devait être une excursion d’une journée s’est transformée en un séjour forcé de trois jours sur l’île. J’ai donc dû réorganiser entièrement la suite de mon itinéraire. Malgré cela, j’ai pu profiter pleinement de la nature et de la culture de Tanegashima. »

« Même avec ce type d’imprévu, je considère toujours ces « Ceramic Tours » à la rencontre des céramistes comme des expériences extraordinaires et inoubliables. »

« Les céramistes que je choisis de rencontrer ne le sont pas uniquement en fonction de leurs œuvres, de leur style ou de leur région d’origine. Ce qui m’intéresse profondément, au-delà des créations elles-mêmes, c’est aussi leur parcours de vie, le milieu dans lequel ils ont grandi, ainsi que l’histoire familiale dont ils sont les héritiers. »

« L’un des privilèges les plus précieux qu’ils m’offrent est de m’accueillir dans leur atelier et de me permettre de découvrir directement leur lieu de travail. Cela me donne accès à quelque chose que les œuvres seules ne peuvent transmettre : l’atmosphère de la création, le mode de vie de l’artiste et son lien intime avec son environnement. »

« Le fait qu’un Français fasse le voyage jusqu’à des régions parfois méconnues du Japon pour s’intéresser à leur travail et à la culture céramique surprend souvent les céramistes. Pourtant, ils m’accueillent toujours avec chaleur et bienveillance. »

« Je me déplace en empruntant bus et trains, parfois même des taxis. Puis, au point de rendez-vous convenu, les céramistes viennent souvent me chercher en voiture afin de m’emmener vers leurs ateliers, situés dans des endroits encore plus reculés. Ces trajets eux-mêmes constituent pour moi des moments précieux qui me permettent de mesurer toute la profondeur de la culture céramique japonaise. »

« Il leur arrive également de me conduire vers des lieux exceptionnels qu’eux seuls connaissent : d’anciens sites historiques nichés dans des montagnes isolées et difficiles d’accès, ou encore des vestiges de fours centenaires qui témoignent silencieusement de plus d’un siècle d’histoire. »

« Pour communiquer avec les céramistes, j’utilise principalement des applications de traduction. Il arrive parfois que celles-ci produisent des traductions étonnamment étranges. Certaines situations me plongent dans une profonde solitude, tandis que d’autres provoquent des éclats de rire mémorables. »

« Et pourtant, chose étonnante, nous finissons toujours par nous comprendre. »

« J’ai autrefois essayé d’apprendre le japonais, mais cela n’a pas été facile pour moi. Aujourd’hui, je peux comprendre quelques éléments de la langue et je ne suis capable de parler que quelques mots ou courtes phrases. Malgré cela, les gestes, les expressions du visage et la sincérité de nos intentions nous permettent toujours de communiquer. »

« J’ai voyagé dans de nombreux pays au cours de ma vie, et j’ai la conviction que lorsqu’on fait preuve de curiosité envers les autres et leur culture, et que l’on s’ouvre sincèrement à eux, il est toujours possible de se comprendre, même lorsque la langue constitue une barrière. »

« Au Japon, j’accorde une importance particulière au fait de m’immerger naturellement dans la vie quotidienne du pays, d’entrer directement en contact avec ses habitants et de ressentir de manière concrète la culture et les habitudes locales. »

« Ces « Ceramic Tour » à la rencontre des céramistes ont été réalisés en 2023 et en 2024. Depuis 2025, animé par le désir de faire découvrir davantage la céramique japonaise aux Français et aux Européens, j’organise des voyages en petit groupe, limités à six participants. Ces circuits permettent de découvrir les Six Anciens Fours du Japon ainsi que des céramistes contemporains, à travers des rencontres privilégiées au cœur des régions où cette culture demeure vivante. »

Les céramistes : une présence essentielle

« Depuis le début de mes recherches sur la céramique jusqu’à aujourd’hui, j’ai développé une profonde admiration pour une cinquantaine de galeries japonaises spécialisées dans la céramique. Chacune d’entre elles, par l’excellence de son regard et la qualité raffinée des œuvres qu’elle présente, demeure pour moi une référence précieuse. C’est d’ailleurs à travers ces galeries que j’ai commencé à former mon regard et à affiner ma sensibilité esthétique à l’égard de la céramique japonaise. »

« Ce qui m’a d’abord attiré, ce furent les terres et les techniques propres à chaque région, la diversité des formes, ainsi que les œuvres de céramistes déjà reconnus et appréciés à l’échelle internationale. »

« Par la suite, j’ai progressivement pris conscience de l’existence d’autres céramistes qui, sans bénéficier d’une grande notoriété, poursuivaient leur travail de création avec discrétion et persévérance. »

« Certains étaient issus de grandes lignées de céramistes, d’autres avaient tracé leur propre chemin en autodidactes, tandis que d’autres encore s’étaient reconvertis après une carrière dans un domaine totalement différent. Malgré la diversité de leurs parcours, tous partageaient un même point commun : une passion sincère et profonde pour faire évoluer la céramique japonaise et l’ouvrir à une nouvelle époque. »

« C’est ainsi que j’ai eu la chance d’observer de près l’émergence d’une nouvelle génération de céramistes, et de voir peu à peu ces artistes s’imposer sur la scène de la céramique contemporaine japonaise. »

Mon attachement à l’Utsuwa – L’art de l’objet utilitaire

« Ce qui m’intéresse avant tout, ce sont les Utsuwa, c’est-à-dire les pièces destinées à être utilisées au quotidien. Les œuvres céramiques à vocation plus artistique — telles que les sculptures, les vases ou encore les créations fortement marquées par la subjectivité de leur auteur — me semblent appartenir davantage au domaine des musées, des galeries et des collectionneurs. »

« Ces œuvres sont souvent destinées à être exposées sur une étagère, admirées et soigneusement conservées, plutôt qu’à être utilisées dans la vie quotidienne. Il ne s’agit évidemment pas d’un jugement de valeur, et l’on ne saurait généraliser, mais c’est ainsi que je les ai perçues pendant de nombreuses années. »

« Pour ma part, j’ai toujours été attiré par les Utsuwa que l’on prend réellement en main chaque jour, ceux qui vivent au rythme du quotidien. C’est pourquoi je ne me suis jamais intéressé à l’investissement artistique ou à la valeur marchande de la céramique. À mes yeux, bien qu’il s’agisse du même matériau et du même art, cela relève d’un univers totalement différent, fondé sur d’autres valeurs. »

« Je suis attiré par les pièces qui continuent d’être utilisées jour après jour et dont le caractère s’enrichit avec le temps. »

« En 2020, j’ai entrepris une étude approfondie sur l’histoire de plus d’une centaine de fours céramiques à travers le Japon. Je ne me suis pas contenté d’explorer minutieusement les ressources disponibles sur Internet ; j’ai également pris contact directement avec des institutions préfectorales, des musées et des organismes spécialisés dans les métiers d’art. Grâce à cette recherche, j’ai pu mesurer à quel point la céramique japonaise possède une diversité extraordinaire de styles et de traditions selon les régions. »

« Parallèlement, j’ai mené une enquête en France et dans plusieurs pays européens afin de comprendre quels types de vaisselle les gens utilisent au quotidien et conservent dans leurs placards. Ce travail m’a permis d’élaborer mon propre système de classification des pièces de vaisselle, fondé sur leurs formes et leurs usages. »

« Dans ce contexte, il était impensable pour moi de ne pas inclure les Chawan dans les expositions de Maison Wabi-Sabi. Le bol à thé occupe une place tout à fait particulière dans l’histoire de la cérémonie du thé et de la céramique japonaise. Bien entendu, je distingue clairement le Chawan destiné à la pratique du thé, de l’Ochawan ou bol à riz utilisé dans la vie quotidienne. »

« Par ailleurs, à mesure que l’intérêt pour le Sake s’est développé en France et en Europe, il m’est apparu indispensable de présenter également des récipients destinés à sa dégustation, tels que les Tokkuri, les Guinomi ou les Katakuchi. Ces objets connaissent en effet une popularité particulièrement importante auprès des amateurs de culture japonaise et des collectionneurs. »

« Les œuvres céramiques japonaises sont souvent accompagnées de différents types de boîtes de présentation. Pour certaines pièces, en particulier les bols à thé et les objets liés au Sake, j’ai souhaité disposer d’un Tomobako (boîte signée par l’artiste). Le Tomobako confère à l’œuvre une identité et une présence particulières tout en témoignant de sa valeur dans la culture céramique japonaise. Il constitue également un élément essentiel qui permet de distinguer ces pièces des autres ustensiles du quotidien et de les reconnaître comme des œuvres à part entière. »

« Pour les autres types de vaisselle, je cherche à intégrer la richesse des formes que l’on rencontre au Japon tout en veillant à ce qu’elles puissent être utilisées naturellement dans le cadre de la vie quotidienne en France et en Europe. »

« Par exemple, en France, un même bol peut servir au petit-déjeuner, être utilisé comme bol à riz, comme tasse pour le thé, comme vide-poche pour des accessoires ou même comme contenant pour une bougie. Autrement dit, un seul objet peut remplir de nombreuses fonctions, sans être limité à un usage précis, en s’adaptant librement au mode de vie et à la sensibilité de chacun. »

« Au Japon, en revanche, chaque pièce possède souvent une fonction clairement définie, et son utilisation s’inscrit dans une certaine esthétique ainsi que dans des codes culturels spécifiques. Tout en respectant cette singularité propre à la culture japonaise, je cherche à imaginer des objets capables d’établir un lien naturel avec la liberté d’usage qui caractérise les modes de vie européens. »

Celle qui a accompagné ce parcours

« Le projet Maison Wabi-Sabi n’a jamais été porté par mes seuls efforts. »

« Un jour, Megumi TERAO, graveuse à l’eau-forte installée à Paris et créatrice du logo de Maison Wabi-Sabi, m’a présenté une femme travaillant dans le domaine de l’art et possédant une connaissance approfondie de la céramique. »

« Elle m’a alors conseillé : « Si vous avez la moindre question ou souhaitez mieux comprendre certains aspects de la céramique japonaise, vous devriez vous adresser à cette personne. » »

« Cette personne est Keiko HAGI, originaire de la préfecture d’Okayama et résidant aujourd’hui dans la préfecture de Mie. Tout en travaillant au sein d’un musée de sa région, elle assure également des missions de coordination d’expositions. Depuis les débuts de mon activité, elle m’apporte un soutien précieux.

« Parmi les céramistes japonais, nombreux sont ceux qui, même lorsqu’ils s’intéressent à la possibilité d’exposer à l’étranger, éprouvent certaines inquiétudes ou hésitations concernant l’expédition internationale de leurs œuvres. »

« Les usages commerciaux et les modes de fonctionnement en France et en Europe diffèrent sensiblement de ceux du Japon ; il est donc tout à fait naturel que ces démarches suscitent des interrogations. Dans ce contexte, la simple présence d’un intermédiaire japonais est souvent un facteur rassurant pour de nombreux céramistes. »

« Keiko HAGI joue ainsi un rôle essentiel en facilitant les échanges entre les artistes et moi-même, et en veillant à ce que nos relations se déroulent dans les meilleures conditions. »

« C’est pourquoi je mesure chaque jour l’importance de personnes capables non seulement de traduire des mots, mais aussi de comprendre les différences culturelles et les façons de penser propres à chacun, afin de créer un véritable lien entre les deux parties. »

« En 2017, j’ai commencé à dresser de manière méthodique une liste des céramistes dont les œuvres me touchaient profondément et correspondaient véritablement à ma sensibilité. »

« Aujourd’hui, en 2026, je considère que Maison Wabi-Sabi a dépassé le cadre d’une simple recherche personnelle ou d’une collection privée. Ce projet est devenu une initiative porteuse d’un potentiel de transmission qui pourrait, je l’espère, se poursuivre pendant des centaines d’années. »

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