Major Craftsman of Ceramics - Shogo IKEDA Portrait

Shōgo IKEDA et ses créations

(1976-)

Originaire de la préfecture de Kagoshima. Il s’est installé sur l’île de Tanegashima, un territoire insulaire au climat riche et contrasté, qui nourrit à la fois son imaginaire et sa pratique. Son four, nommé Tanegashima Muhi (種子島無比), traduit déjà cette volonté d’affirmer une singularité : “muhi” signifiant “sans pareil”.

Ancien peintre, il a dû quitter la toile faute de pouvoir en vivre, mais il a transposé sur la céramique son sens aigu du dessin et de la composition.

Après une formation auprès de Sadahide Kawazoe (川添貞秀), il a forgé son style non pas dans une rupture radicale mais dans la continuité d’une pratique quotidienne, où le geste répété s’affine et se charge de sens. Son approche illustre un équilibre délicat : d’un côté, l’héritage du potier qui modèle, cuit et respecte les contraintes de la matière ; de l’autre, l’artiste qui refuse d’être prisonnier des codes et trace librement ses propres motifs.

Dans son atelier de Nishinoomote, IKEDA san utilise deux types de fours : un anagama au bois, qu’il alimente une fois par an avec des essences locales et divers combustibles de l’île, et un four au kérosène, plus souple pour son rythme de production. La cuisson au bois, longue de trois jours et culminant à 1250 °C, introduit une part d’aléatoire que l’artiste accueille comme une composante créative à part entière. Les dépôts de cendres, les nuances de flamme, les effets de matière deviennent autant de variations imprévisibles qui nourrissent l’originalité de chaque pièce.

À ces hasards maîtrisés s’ajoute son usage des émaux traditionnels : Oribe aux verts profonds, Kohiki aux blancs veloutés, ou encore Nanban-yakishime, avec ses surfaces rugueuses et minérales. Chaque bol, assiette ou flasque de saké porte ainsi la marque d’une double fidélité : à une mémoire technique pluriséculaire et à une volonté d’expérimentation contemporaine. Cette tension féconde rend son œuvre à la fois enracinée et ouverte, familière et inattendue.

Shogo IKEDA - Atelier
Chawan - Shōgo IKEDA

Mais ce qui distingue véritablement Ikeda, c’est son rapport au dessin, qui confère à ses pièces une identité immédiatement reconnaissable. Sur ses surfaces émaillées, il convoque un univers foisonnant où cohabitent tigres, bambous, démons, samouraïs ou figures de Daruma. Ces motifs, empruntés tantôt à l’ukiyo-e, tantôt au manga, ou encore à des symboles populaires liés à la nature et à l’imaginaire collectif japonais, surgissent au gré de ses émotions.

Chaque pièce devient alors une sorte de toile céramique, où l’artiste raconte une histoire ou capte une atmosphère. En refusant de se limiter aux canons de la tradition, Ikeda fait dialoguer la culture savante et la culture populaire, l’ancien et le contemporain. Son œuvre se situe ainsi à la croisée des mondes : elle ne se contente pas de conserver une technique, elle l’actualise par le prisme d’une sensibilité graphique audacieuse. C’est dans ce métissage créatif que réside sa force : transformer la céramique utilitaire en support narratif, capable d’éveiller l’imaginaire aussi bien que d’accompagner les gestes du quotidien.

Shogo IKEDA - Four

Source des photos et des textes : Shōgo IKEDA et Yann san

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