La céramique japonaise, en japonais Tojiki 陶磁器, Yakimono 焼きもの ou Tōgei 陶芸 est l’une des formes d’art les plus anciennes du Japon. Elle remonte à la période Jōmon 縄文時代. La production s’est poursuivie sans s’arrêter jusqu’à maintenant, donnant une large gamme de terres cuites brutes ou vernissées, poteries, grès et porcelaines. Les techniques sont de tradition japonaise mais aussi importées ou inspirées par les céramiques coréennes, chinoises et thaïlandaises.


Origines et préhistoire

L’apparition de la céramique pratiquée par des populations de chasseurs-cueilleurs à la période Jōmon montre que la céramique n’est pas nécessairement le fait de cultures néolithiques. Les premières poteries de terre cuite, sont cuites sur feu ouvert, à basse température. Le décor est constitué, de bandes d’argiles appliquées ou de bandes en relief à motifs incisés. Les décors sont parfois limités de l’embouchure au milieu du corps.

Les poteries du Jōmon moyen sont bien plus élaborées qu’avant. Elles atteignent même des sommets en tant que créations artistiques au Jōmon récent. Les bords des pots deviennent beaucoup plus complexes et décorés d’ornements graphiques. Les ornements exubérants des récipients du Jōmon récent, avec leurs motifs de flammèches en haut relief, les rendaient non fonctionnels, en tout cas pour un usage utilitaire.

L’art céramique du Jōmon moyen et du final se distingue par d’innombrables variantes sur des motifs de 3 figurines féminines (dogū) et des masques (domen) de terre cuite. Les petites statuettes, d’une vingtaine de centimètres de hauteur, sont considérées comme des trésors nationaux au Japon.

La stylisation très poussée de ces figurines donne lieu à des jeux de formes aux courbes tendues et couvertes de zones striées, aux grands yeux ronds ; jeux de formes rondes et couvertes d’arabesques proliférantes, contrastant avec de grands yeux immaculés, clos d’un unique trait horizontal.

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Périodes : Yayoi, Kofun et Asuka

Au début de la période Yayoi, les émigrants introduisent l’usage de la roue et la culture du riz. La céramique d’usage courant et funéraire est réalisée en terre cuite plus ou moins brun rougeâtre, obtenue par une cuisson en oxydation, produite jusqu’au 12ème siècle pour la vie quotidienne, par exemple : la jarre globulaire (teintée en rouge) pour les réserves de riz.

À l’époque des Kofun (grandes sépultures), de la période Kofun 古墳, la céramique pour les haniwa cuite à faible température (450 à 750°C), reste poreuse, et est utilisée pour les jarres destinées à contenir des céréales.

Au début du Kofun moyen, à la suite d’un nouveau flux de migrants coréens, à la fin du 4ème ou au début du 5ème siècle, on commence à cuire à une température supérieure à 900°C et en réduction. Une céramique apparaît du nom de Sueki-yaki, plus fine et cuite à une température située entre 1000 et 1300°C. Elle est de couleur gris bleuté à gris foncé, mate et sans glaçure. Ce grès peut recevoir, par projection de cendre au cours de la cuisson, une glaçure partielle à la cendre de bois. Ces grès peuvent contenir des liquides. La nouvelle technique est introduite au Japon par des potiers coréens. Les objets sont associés à des cérémonies rituelles et aux pratiques funéraires.

Les potiers emploient des fours tunnels (anagama) qui leur permettent d’atteindre 1100 à 1200°C. Des coulées vitrifiées brunâtres à verdâtres, causées par des cendres de bois déposées en fin de cuisson, donnent à ces céramiques un revêtement partiel. Les premiers fours tunnels (fours couchés à une chambre, anagama) se situent, près de la péninsule coréenne, au nord de l’île de Kyūshū, puis se concentrent en particulier dans la préfecture d’Osaka. Cette technique continue jusqu’au 15ème siècle.

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Du 8ème au 14ème siècle


Les fours médiévaux permirent d’affiner la production de grès (encore produite à la fin du 10ème siècle), particulièrement dans la ville de Seto, préfecture d’Aichi.

Cette production étaient tellement utilisées que Setomono devint le terme générique pour la céramique au Japon avec l’utilisation des grands fours (ōgama), qui restent des fours en forme de poire, à chambre unique.

À l’époque de Nara, la culture chinoise est largement importée et assimilée. Ainsi la couverte aux trois couleurs polychromes (sancai) provient directement de la technique en faveur, sous la dynastie Tang.


Du 15ème au 17ème siècle – La Beauté de l’imparfait


Dans les temples zen et à la cour du shōgun Ashikaga YOSHIMASA 足利 義政 (1435-1490), l’émergence de nouvelles valeurs esthétiques conduit au style de préparation du thé dit Wabicha わび茶 (cérémonie de thé associée à Sen no Rikyū).

À la demande des maîtres de thé, des céramiques réalisées à la main, avec une couverte répandue de manière aléatoire, sous forme de taches qui coulent, et/ou de la peinture par la trace des gestes, et enfin volontairement déformés avant cuisson. Toutes ces imperfections soulignent l’originalité de chaque pièce.

L’apparition de ces ustensiles et des valeurs qu’elles incarnent, sont essentiels dans le cadre de la cérémonie du thé. Ces valeurs évoquent la noblesse de la simplicité, en relation avec les critères esthétiques et poétiques anciens du Japon. Ces critères : Wabi, Sabi et Shibui, prônent des qualités froides et solitaires. Le pavillon de thé évoque une simple chaumière, les ustensiles dédiés au thé sont adaptés à l’espace exigu. Ils sont posés à même la natte de paille, face aux personnes assises sur le sol.

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Les fours anciens de Mino


La région de Mino, dans la partie sud de la préfecture de Gifu. À l’origine, elle est divisée en trois régions : Tono, Seino, et Chuno, avec les municipalités de Tajimi et Kasahara, Toki, Mizunami et Kani, où étaient situés les fours de Mino.

Les céramiques de Mino, en japonais Mino-yaki. Richesse de cette région, à l’époque Momoyama et à partir de 1570-1580. Elle devient, grâce à la cérémonie du thé, le centre de la céramique à couverte appliquée. Trois types de nouvelles couvertes sont créées : seto noir, seto jaune et shino.

La couverte seto noir est obtenue avec une épaisse couche d’oxyde de fer sur des bols d’une forme nouvelle, cylindrique, lèvres et parois reprises au couteau. A la sortie du four, le potier tente d’obtenir un effet proche du brillant des laques.

La couverte seto jaune est composée de cendres et d’argiles ferreux, cuite en oxydation. Le décor est incisé et ponctué de taches brunes ou vertes.

Les céramiques shino sont réalisées dans une argile qui prend, après cuisson, une teinte du beige au gris rosé. La couverte est blanche avec des reflets, de couleur unie (muji shino), d’autres peints (e. shino).


Les nouveaux fours de Karatsu


Les grès de Karatsu, produits entre 1597-1630, ont bénéficié du savoir-faire des potiers coréens. Remarquablement créatif en matière de formes et de couvertes et bénéficiant de la cérémonie du thé. À cette époque, ils sont classés, en 3ème place, après Hagi-yaki, et le Raku-yaki.


Du 17ème au 19ème siècle : grès et porcelaines


De 1580 à 1600, l’importation des fours à chambres successives (renbōshikigama) et de type grimpant (noborigama) dont le volume utile est sans comparaison. Les campagnes coréennes de Toyotomi HIDEYOSHI (1592- 1598) appelées : guerres de la céramique, en raison du nombre de potiers déportés au Japon, et que les fours coréens aient été détruits.

Au nord de l’île de Kyūshū un potier coréen, Ri SAMPEI, découvre en 1616, un gisement de kaolin au voisinage d’Arita, au sud-ouest de Karatsu. Rapidement la production de porcelaine débute pour concurrencer les fabrications chinoises. Le développement d’une nouvelle aristocratie (période Edo) qui favorise le commerce des produits de l’artisanat. Le shogun et les daimyo peuvent recevoir les invités à leurs banquets avec de la porcelaine japonaise.

Les grès coréens buncheong et chinois, de Cizhou, ont joué un rôle décisif dans le grès à décors peints (à l’oxyde de fer) sous couverte. Ils ont ouvert la voie aux décors peints sur porcelaine. Les fours grimpants, en escalier, qui peuvent cuire à plus haute température qu’auparavant, permettent le contrôle de l’atmosphère de cuisson.

Le potier Ninsei NONOMURA (Kyōto) est le premier à utiliser sur le grès : les émaux colorés. Des couleurs chatoyantes et associées à l’or et à l’argent. Kenzan OGATA produit avec son frère, le peintre Korin OGATA, une importante quantité d’objets usuels. Il réalise des objets à la plaque ou au moule de bois en forme de feuilles et de fleurs.

À la fin du 18ème siècle, les porcelaines ont exportées depuis le port d’Imari (porcelaine d’Imari). Les premières porcelaines (1620-1650) sont de type : buncheongou chinois, dans des objets et des décors spécifiquement japonais. Les premiers émaux sous couverte, à plusieurs couleurs (1640-1650). En 1675, la guerre interrompt les exportations de porcelaine chinoise. La famille Kakiemon découvre et créée les 1ères porcelaines émaillées vers 1680.

Vers la fin du 19ème siècle, à l’époque Meiji, une large production de grès (Sumida Gawa) se développe dans la région de Tōkyō, dans le district d’Asakusa. Ryosai INOUE I crée un style aux couleurs vives et aux décors en relief, la majorité de sa production sera exportée vers les États-Unis.


Du 20ème siècle à nos jours


1920, dans un mouvement de retour aux traditions et grâce aux maîtres potiers tels que Shōji HAMADA et Kawai KANJIRŌ (mouvement Mingei). Ils étudièrent les techniques traditionnelles d’engobe pour les conserver.

Beaucoup d’établissements se mirent sous l’égide de la Division de la Protection des Biens Culturels. Les fours à Tamba continuèrent la production pendant la période Tokugawa, en ajoutant des formes modernes. La production des villages était faite par des potiers locaux, pour le village. À Kyūshū, les fours Coréens, tels que Koishiwara et Onta, perpétuent la fabrication de céramique de l’époque.

À Okinawa, la production continua par le maître : Jirō KANESHIRO (金城 次郎) qui fut honoré du titre de mukei bunkazai(trésor culturel vivant).

Les maîtres modernes des fours traditionnels, à Shiga, Iga, Karatsu, Hagi, et Bizen, utilisent toujours les anciennes formules pour la poterie et la céramique pour atteindre de nouvelles limites dans l’accomplissement. Masao YAMAMOTO de Bizen et Miwa KYŪSETSU de Hagi furent désignés comme mukei bunkazai.

À Kyōto, la famille Raku produit les bols à thé qui firent la joie de Toyotomi HIDEYOSHI. À Mino, on continue d’utiliser la formule classique de l’époque Azuchi Momoyama pour faire des articles pour le thé de type seto.

Les artistes potiers expérimentent dans les universités d’arts à Kyōto et Tōkyō pour recréer la porcelaine traditionnelle et ses décorations sous la conduite de maîtres de céramique : Yoshimichi FUJIMOTO. Les anciens fours à porcelaine autour d’Arita, sur l’île de Kyūshu, étaient encore maintenus par la lignée de Sakaida KAKIEMON XIV et Imaizume IMAIEMON XIII, fabricants héréditaires de porcelaine du clan Nabeshima.

À la fin des années 1980, des maîtres potiers ne travaillaient plus pour des fours majeurs ou anciens, mais ils fabriquaient des articles classiques un peu partout au Japon. Un exemple notable est Tsuji SEIMEI, qui importait son argile de la région de Shiga mais réalisait ses poteries dans la région de Tōkyō.

Des artistes s’occupèrent à redécouvrir des styles de décoration et d’engobe chinois, le bleu-vert (celadon) et le vert d’eau (qingbai). L’engobe chinois préférées au Japon est le brun chocolat (tenmoku)qui couvre les bols à thé rapportés du sud de la Chine de la dynastie Song (au 12ème et 13ème siècle) par les moines zen. Pour les japonais, ces articles en tenmoku ont incarné le zen esthétique du wabi(la simplicité rustique).


Pour aller plus loin


De nombreux styles de poterie japonaise sont associés à une époque. Certains styles sont associés à un nom de famille ou à une personne. Cependant, tous les styles ne peuvent pas être classés de cette manière. Maison Wabi-Sabi a identifié 100 fours japonais dans le livre “Connaître et réaliser la céramique japonaise” et on vous parle également des 6 anciens fours japonais.