
Yasushi OKADA et ses créations
(1976-)
Né à Hagi, dans la préfecture de Yamaguchi. Ayant grandi dans une famille profondément ancrée dans cette tradition Hagi-yaki. Il a très tôt été confronté au rituel des fours, des argiles, des émaux, et au soin apporté aux pièces façonnées pour la cérémonie du thé. Il a choisi de s’orienter vers les arts. Étudiant la sculpture à la Tokyo Zokei University.
Cette formation artistique lui a offert un sens aigu des volumes, de la forme, et de l’équilibre. Des qualités qu’il transpose aujourd’hui dans ses pièces céramiques. Désireux d’approfondir la technique, il a poursuivi des études à Kyōto pour apprendre la céramique de façon professionnelle. À son retour dans sa ville natale, il rejoint l’atelier familial, avec la volonté de l’inscrire dans une démarche à la fois respectueuse de la tradition et ouverte aux sensibilités contemporaines.
L’atelier familial, connu sous le nom Okada-gama, existe depuis l’époque Edo. Un héritage vivant où se mêlent mémoire, rituels artisanaux et savoir-faire transmis de père en fils. Ce four traditionnel, un Noborigama (four grimpant), reste en activité aujourd’hui et fonctionne exactement comme il y a des siècles : les cuissons confèrent aux pièces des effets variés et surprenants selon la position dans le four.
Le père de Yasushi, maître potier respecté, a consacré sa vie à préserver ces méthodes anciennes, enseignant les gestes classiques, la préparation de l’argile, la cuisson, le respect du matériau.
Aujourd’hui, père et fils travaillent côte à côte. L’atelier Okada-gama devient ainsi un espace de dialogue entre tradition et renouvellement : l’expérience du passé, la rigueur du geste ancestral, et la curiosité créative de la nouvelle génération. Chaque pièce qui en sort incarne ce double héritage.


Le travail de Yasushi Okada s’inscrit dans la tradition respectée du Hagi-yaki, une des formes les plus emblématiques de céramique japonaise. Ce style se caractérise par l’usage d’argiles locales, naturellement poreuses. Elles donnent aux pièces une texture douce, chaude et vivante. Une porosité essentielle pour le vieillissement des objets.
Les glaçures sont sobres, légères, souvent translucides : elles ne recherchent pas l’éclat mais diffèrent par leur délicatesse, laissant la terre respirer, percevoir ses nuances, ses reliefs, sa naturalité. La cuisson dans un four ascendant crée des effets uniques : des craquelures fines (Kannyū), des variations de teintes, parfois des teintes inattendues, selon la position de la pièce et la circulation de la flamme.
L’une des qualités les plus appréciées du Hagi-yaki est le phénomène dit Nanabake « les 7 transformations ». Une métamorphose lente et subtile de l’apparence. Au fil des usages, les craquelures se patinent, la pièce s’imprègne de la vie de son utilisateur. Le style Hagi-yaki incarne le rapport japonais au temps, à la simplicité, à la beauté de l’usure. Un style humble, discret, sensoriel, et en accord avec l’esprit Wabi-Sabi.
Si OKADA san maîtrise les codes du Hagi-yaki traditionnel. Il n’hésite pas à les prolonger avec une vision personnelle marquée. Sa signature est l’émail qu’il a développé lui-même. Il est baptisé Tanseiyu, un bleu clair, pur, presque translucide et rare pour le Hagi-yaki, qui renouvelle l’esthétique traditionnelle. Ce bleu évoque la mer, la lumière, l’air frais, et s’accorde à la terre poreuse avec une délicatesse naturelle. Il suggère un souffle sobre, un hommage à l’environnement côtier de Hagi et à la beauté discrète de la nature environnante.
Les formes qu’il crée privilégient la simplicité, l’équilibre, la fonctionnalité, les proportions harmonieuses, toujours pensées pour l’usage quotidien. Chaque pièce est équilibrée dans la main, sensible au toucher, harmonieuse dans ses proportions. Il explore des formes plus verticales, modernes, mais sans jamais trahir l’esprit Hagi : sobriété, naturel, confort tactile. Cette alliance d’un héritage ancien et d’une sensibilité contemporaine confère à ses œuvres une profondeur particulière : elles sont à la fois respectueuses des racines et ouvertes à une esthétique actuelle, universelle, et liée à leur terre d’origine.


La poterie n’est pas simplement un artisanat : c’est un dialogue entre la terre, le feu et l’humain, un objet naît, vit, évolue. Sa démarche technique est exigeante : l’argile doit être préparée avec soin, ni trop lisse ni trop brute, assez vivante pour absorber les glazes, pour respirer.
Le tournage doit être précis, mais gardant une spontanéité qui laisse infuser la matière. Les parois sont calibrées : assez fines pour offrir la chaleur d’un thé, assez épaisses pour garder la sérénité, le confort en main. L’application de l’émail obéit à la retenue : une couche fine, subtile, laissant transparaître la terre.
La cuisson dans le noborigama, avec ses variations de température et l’empreinte particulière du feu, donne naissance à des pièces dont la texture, la couleur, la nuance, respirent la vie. La céramique doit accompagner le quotidien, encourager la lenteur, la contemplation, le contact humain. Chaque pièce résulte d’une intention : offrir un moment de calme, de douceur, empreint de sensibilité et d’harmonie. Une pièce parfaite n’est pas une œuvre figée, mais un compagnon de vie, qui évolue, se patine, s’imprègne des gestes d’un utilisateur.
Yasushi OKADA en 7 dates importantes :
2002 : Diplôme en sculpture de la Tokyo Zokei University.
2005 : Formation céramique complétée à Kyōto. Maîtrise des techniques de façonnage et de cuisson.
2007 : Sélection et prix à l’Otaki Hokkaido Ceramics Exhibition et au Hagi Taisho.
2008 et 2009 : Obtient le Yamaguchi Governor Award et d’autres distinctions au West Japan Ceramic Art Exhibition et au Yamaguchi Prefectural Art Exhibition.
2023 : Reçoit le POLA Traditional Culture Award (encouragement).
2024 : Lauréat de l’Asahi Shimbun Award au Yamaguchi Traditional Kōgei Exhibition (distinction la plus importante).

Source des photos et des textes : Yasushi OKADA et Yann san
