
Yukio SHAKUNAGA et ses créations
(1954-)
Il travaille depuis près d’un demi-siècle au Shōraku-gama 庄楽窯, qu’il reprend en 1975. Sa pratique s’inscrit profondément dans le rapport entre la terre, le feu et le paysage de Tateyama.
Il utilise notamment les argiles locales, parmi lesquelles la précieuse Hakudo 白土, une terre blanche très fine, pauvre en fer et particulièrement réfractaire, qui peut acquérir à haute température une finesse proche de celle de la porcelaine tout en conservant les qualités d’un grès.
Son travail comprend des pièces destinées au thé, mais également des objets utilitaires et des formes plus sculpturales. Influencé par Haruzō HAYASHIYA et par le maître de Bizen : Sōzan KANESHIGE, il s’est également rendu en Corée, notamment à Icheon, Mungyeong et Cheongju, où il a étudié les anciennes traditions céramiques coréennes.
Petit-fils de Shōjirō SHAKUNAGA 釋永庄次郎, qui joua un rôle essentiel dans la renaissance de l’Etchū Seto-yaki au 20ème siècle.
Après le déclin progressif de cette production régionale. Shōjirō reconstruisit en 1929 un four à escalier (noborigama) à Kamisue et entreprit de faire revivre la tradition locale.
En 1975, Yukio reprend à son tour le Shōraku-gama et poursuit ce travail de transmission, tout en développant une recherche personnelle nourrie par les céramiques chinoises et coréennes. Dès ses vingt ans, il s’intéresse particulièrement aux anciens bols coréens et à la manière dont la terre influence le résultat de la cuisson. Cette curiosité l’amène à travailler directement dans plusieurs anciens centres céramiques coréens.
Son approche ne consiste donc pas simplement à reproduire les formes du passé : il cherche à comprendre les qualités propres à chaque terre et à laisser celles-ci participer à la création. Sa fille Yō SHAKUNAGA poursuit aujourd’hui cette transmission familiale avec sa sensibilité.


L’Etchū Seto-yaki 越中瀬戸焼 est une tradition céramique de la région de Tateyama, à Toyama, dont les débuts remontent à la fin du 16ème siècle.
Des potiers venus de Seto, dans l’actuelle préfecture d’Aichi, furent installés dans la région sous la protection du clan Maeda, donnant naissance à cette production locale. Pendant plusieurs siècles, de nombreux fours fabriquèrent une grande variété de céramiques, avant que la concurrence de la porcelaine et les transformations de l’industrie ne provoquent leur disparition progressive à l’époque moderne.
Aujourd’hui, quelques potiers perpétuent cette tradition, réunis notamment au sein de Kanakure-kai, association créée en 2011 pour contribuer à sa transmission.
Yukio SHAKUNAGA occupe une place importante dans cette renaissance contemporaine : son travail reste profondément lié aux terres de Tateyama, à la cuisson au noborigama et à l’histoire du Shōraku-gama. Il incarne ainsi une conception de l’Etchū Seto-yaki où la tradition n’est pas figée, mais continue d’évoluer à travers la connaissance intime du territoire, des matières et du feu.
Yukio SHAKUNAGA en 5 dates importantes :
1975 : Il reprend la Shōraku-gama 庄楽窯, fondée dans sa famille, succédant à son grand-père Shōjirō SHAKUNAGA.
1976 : Il commence à étudier auprès de Sōzan KANESHIGE 金重素山, grand maître du Bizen-yaki.
À partir de 1979 : Il séjourne et travaille dans plusieurs grands centres céramiques de Corée, enrichissant sa pratique d’influences coréennes.
1996 : Lors d’une exposition personnelle à Kyōto, il rencontre Steve JOBS, qui visite l’exposition. Cette rencontre débouche ensuite sur plusieurs commandes et une relation suivie avec le fondateur d’Apple.
2016 : Il présente à la Kakiden Gallery à Tokyo l’exposition Etchū Seto-yaki – Yukio Shakunaga : Shiro to Kuro no Katachi.
Ses œuvres sont exposées à New York, Milan, Taipei et en Hongrie. Il est reconnu comme « Traditional Craft Master » (préfecture de Toyama).

Source des photos et des textes : Yukio SHAKUNAGA et Yann san
