Perception de la céramique japonaise en France
« Ces articles pour le Tōsetsu m’ont permis d’exprimer un avis très personnel sur la céramique japonaise au Japon. Aujourd’hui, je souhaite partager mon regard sur la céramique japonaise en France, à partir des constats que j’ai pu faire depuis 2017 dans le cadre de mon projet Maison Wabi-Sabi. Ces observations sont le fruit des nombreuses rencontres réalisées lors des expositions-ventes, mais aussi des échanges que j’ai eus sur les réseaux sociaux. »
« Ce qui m’a frappé au fil des années, c’est la grande curiosité que suscite la céramique japonaise artisanale. Les personnes que je rencontre ont envie d’en apprendre davantage : elles souhaitent connaître son origine, comprendre comment elle est fabriquée, découvrir les techniques employées et, surtout, savoir qui se cache derrière chaque pièce. »
« Pourtant, cette céramique artisanale utilitaire est encore très souvent perçue comme un objet de luxe, réservé à une élite, aux collectionneurs ou aux connaisseurs. Beaucoup pensent qu’il s’agit avant tout d’un objet de décoration dans lequel on ne peut pas manger, de peur de l’abîmer, car il serait forcément très fragile. »
« C’est précisément pour cette raison qu’il me semble essentiel d’expliquer, de transmettre et, dans une certaine mesure, d’éduquer le regard. La céramique est un art qui existe depuis la Préhistoire, au Japon comme partout dans le monde. Pourtant, nous nous en sommes progressivement éloignés, au profit de la céramique industrielle, dont les prix très accessibles ont profondément modifié notre rapport aux objets du quotidien. »
Diversité des amateurs de céramique japonaise
« Les personnes qui achètent de la céramique japonaise artisanale viennent d’horizons très différents. Je rencontre aussi bien des visiteurs de passage lors des expositions-ventes que des collectionneurs, des potiers, des céramistes ou encore des professionnels de la restauration. Leur âge varie généralement entre 25 et 85 ans, 70% de femmes et 30% d’hommes. »
« Beaucoup découvrent la céramique japonaise grâce aux réseaux sociaux, mais aussi grâce à quelques créateurs de contenu qui voyagent au Japon pour rencontrer les artisans et visiter leurs ateliers. Plus largement, l’intérêt grandissant pour la céramique contribue également à cet engouement. Cependant, le Japon reste encore majoritairement associé à une céramique semi-industrielle ou industrielle. J’ai la conviction que l’artisanat réalisé entièrement à la main touche avant tout les personnes sensibles au geste, à l’humain et à la transmission des savoir-faire. »
Redonner sa place à la céramique artisanale japonaise
« En France, nous connaissons finalement assez mal la céramique japonaise artisanale. Cette méconnaissance s’explique en partie par l’histoire. Entre la fin du 19ème siècle et le début du 20ème siècle, ce sont principalement les productions industrielles japonaises qui ont envahi le marché européen. Le phénomène s’est développé après 1868, a connu son apogée entre 1890 et 1930, puis a commencé à décliner à la fin des années 1930. »
« Après 1945, les exportations japonaises reprennent progressivement, mais dans un contexte économique profondément différent. Elles rencontrent un grand succès, notamment parce que leurs prix sont souvent de 30 à 50 % inférieurs à ceux des productions européennes. Leur esthétique, perçue comme « exotique », s’inscrit parfaitement dans la mode du japonisme qui séduit l’Europe à la fin du 19ème siècle. Leur qualité est par ailleurs reconnue, notamment dans le domaine de la porcelaine fine. »
« Cette histoire a laissé une empreinte durable. Encore aujourd’hui, lorsqu’on évoque la céramique japonaise, beaucoup pensent d’abord à ces productions industrielles ou semi-industrielles. L’extraordinaire richesse de la céramique artisanale, la diversité de ses ateliers, de ses traditions régionales et des femmes et des hommes qui les font vivre restent largement méconnues. C’est précisément cette histoire vivante que j’essaie de raconter avec Maison Wabi-Sabi. »
Magazine Tōsetsu n°874 – Août 2026
Dans ce numéro 874, la Japan Ceramic Society a demandé, à Yann TOURET, un récit en 2 parties : La céramique japonaise : réactions et tendances observées en France. Le profil des amateurs de céramique japonaise en France. La traduction de ce récit est traduit au dessus.
Source des photos : Yann san de Maison Wabi-Sabi et Japan Ceramic Society

