
Tara MAYER et ses créations
(1983-)
Potière basée à Vancouver, en Colombie-Britannique, au Canada. Historienne de la culture et professeure d’université, dont la pratique s’ancre profondément dans la recherche céramique et de longues années de travail au sein de musées. Elle réalise principalement des pièces utilitaires tournées, façonnées par un engagement de toute une vie avec les cultures matérielles asiatiques et par l’entrelacement de son héritage indo-européen.
Née et élevée à Hawai‘i, elle a passé une grande partie de son enfance au Kerala, en Inde, où l’usage quotidien de poteries en terre pour la cuisine et le stockage a constitué sa première rencontre marquante avec la céramique. Ces objets, modestes mais essentiels, lui ont révélé très tôt la beauté durable et silencieuse de la poterie fonctionnelle. Son travail est également nourri par les traditions céramiques de la Grande-Bretagne, où elle a reçu sa formation universitaire, et de la France, où elle a vécu pendant une décennie, approfondissant son étude des lignées artisanales européennes.
Le bois occupe une place centrale dans la pratique de Tara, tant sur le plan technique que philosophique. Elle a appris auprès de maîtres constructeurs de fours et de céramistes expérimentés, abordant chaque cuisson comme une forme d’apprentissage continu et de dialogue avec le feu.
Aujourd’hui installée dans la région du Grand Vancouver, elle cuit principalement dans des fours à bois, le plus souvent lors de cuissons collectives. Elle travaille avec différents types de bois, issus de ressources locales abondantes autour des fours utilisés, et commence à mieux comprendre l’influence spécifique de chaque essence, tant sur les effets de surface que sur le comportement du feu dans le four.
Les cuissons, réalisées environ quatre fois par an, durent entre deux et six jours et constituent à chaque fois une source de découvertes et d’enseignements. Consciente de la valeur écologique du bois, elle insiste sur la nécessité d’une utilisation attentive et responsable de cette ressource.


Son parcours est également marqué par une immersion profonde dans les collections muséales et la recherche académique. Tara a travaillé comme chercheuse pour de grandes expositions consacrées à l’artisanat asiatique, à Londres comme à Paris, et continue à passer beaucoup de temps auprès des collections de céramique asiatique, nourrissant sa pratique par l’observation attentive et la lecture.
Elle considère le céramiste danois Svend BAYER comme son plus grand enseignant, admirant la profondeur de son expérience et sa maîtrise inégalée de la cuisson au bois. Si son travail puise dans des formes et des techniques traditionnelles, il reflète également la synthèse et l’hybridité de son propre parcours de vie. Elle se voit comme l’une des héritières d’une pratique vieille de plusieurs millénaires et traversant de nombreuses cultures, une continuité que le terme « Potter » exprime pleinement à ses yeux.
Dans sa pratique actuelle, elle privilégie une gamme volontairement restreinte de formes soigneusement pensées, au sein desquelles elle explore des variations subtiles liées aux saisons et aux états intérieurs, tout en conservant un langage formel cohérent.
Elle utilise principalement des glaçures traditionnelles chinoises et japonaises qu’elle adapte et étudie : céladons, Shino et glaçures de type Kaki ou Tenmoku, tout en cherchant à limiter les variables afin de mieux comprendre l’interaction entre argiles, cendres et feu. Elle reconnaît toutefois que cette volonté de contrôle reste partiellement illusoire et que les variables doivent, à terme, être pleinement acceptées.
Professeure d’histoire culturelle à l’université, elle enseigne exclusivement dans ce cadre et considère qu’elle est encore, avant tout, en train d’apprendre. Pour elle, le partage se manifeste dans l’échange informel entre potiers, particulièrement lors des cuissons collectives, et dans les objets eux-mêmes, qui expriment ce que les mots ne peuvent formuler.


Tara MAYER en quelques dates importantes :
Années 1980 : étés d’enfance passés en Inde.
Années 1990 : voyages à travers la Chine, l’Asie du Sud-Est et l’Asie du Sud.
Années 2000 : études universitaires à Londres et recherches au Victoria and Albert Museum ainsi qu’au British Museum ; années parisiennes, avec des travaux au musée Guimet et à La Borne.
2012 à aujourd’hui : installation à Vancouver, enseignement à l’Université de Colombie-Britannique et collaboration avec le Museum of Anthropology ; apprentissage au Dunbar Potter auprès de Martin PETERS et Ron VALLIS.
Source des photos et des textes : Tara MAYER et Yann san
