
Shinya MATSUNAGA et ses créations
(1964-)
Originaire de la ville de Nankan, dans le district de Tamana, de la préfecture de Kumamoto. Il créé des pièces en s’inspirant de la beauté des poteries de Mino de l’époque Momoyama. Son approche se situe à mi-chemin entre l’artiste céramiste et l’artisan. Il cherche à allier la sensibilité esthétique à la rigueur du travail de la main, en accordant autant d’importance à la forme qu’à la fonction.
Plutôt que de chercher à créer des formes entièrement nouvelles. Il trouve une plus grande inspiration dans la reproduction et la réinterprétation des traditions anciennes. Cette démarche lui permet de dialoguer avec l’histoire et l’esthétique ancestrale, tout en apportant une sensibilité contemporaine à chaque pièce. En revisitant ces formes classiques, il cherche à perpétuer un savoir-faire tout en explorant les nuances et les variations qui rendent chaque œuvre unique.
Aux alentours de 1996, il découvrit la céramique. Au début, il prenait plaisir à découvrir tout l’intérêt et la richesse de cet art lors d’ateliers à Mashiko, dans la préfecture de Tochigi.
« J’ai décidé de me former plus sérieusement. J’ai étudié à l’École supérieure des techniques céramiques de Seto, dans la préfecture d’Aichi, afin d’acquérir des bases techniques solides. Par la suite, j’ai eu la chance d’approfondir mon savoir-faire auprès du céramiste Takehiko KAWAI 河合竹彦, à Toki, dans la préfecture de Gifu, où j’ai pu enrichir ma pratique artistique et développer ma propre sensibilité. »
Le style de la céramique Mino Momoyama 美濃桃山陶 désigne les poteries produites dans la région de Mino (actuelle préfecture de Gifu) durant la période Momoyama (fin 16ème – début 17ème siècle). Ce style est réputé pour sa grande variété et son innovation, marquant une étape clé dans l’histoire de la céramique japonaise. Ce style incarne l’esprit de liberté créative et de raffinement rustique qui a fortement influencé la céramique japonaise ultérieure.


Le style Mino Momoyama se distingue par une grande diversité de techniques et de formes, comprenant notamment les styles Shino, Oribe, Seto et Ki-Seto, chacun avec ses glaçures et décors spécifiques. Il se caractérise par une esthétique audacieuse, mêlant motifs asymétriques, formes organiques et couleurs contrastées, souvent dominées par des rouges, verts et blancs. Ce style témoigne d’une innovation artistique marquée, avec l’apparition de nouvelles glaçures, notamment à base de cendres, ainsi que des expérimentations dans les décors peints et gravés. Les poteries Mino Momoyama répondaient à des usages à la fois utilitaires et cérémoniels, destinées tant à la cérémonie du thé qu’à la vie quotidienne.
Son inspiration vient d’anciennes poteries, témoins précieux d’un savoir-faire ancestral, porteurs d’une histoire riche et vivante. Ces œuvres racontent l’évolution des techniques, des formes et des usages au fil des siècles, reflétant à la fois la culture, la vie quotidienne et l’esthétique de leur époque. Étudier ces poteries, c’est plonger dans le passé, comprendre les traditions céramiques et apprécier la beauté intemporelle qui continue d’inspirer les artisans contemporains.
Un four à gaz ガス窯 (Gasu-gama) est un type de four utilisé en céramique où le combustible principal est le gaz (gaz naturel ou propane). Contrairement aux fours traditionnels à bois, il permet un contrôle plus précis de la température et de l’atmosphère à l’intérieur du four. Il est très apprécié pour sa précision thermique, sa facilité d’utilisation et sa régularité, ce qui facilite la cuisson de pièces aux exigences techniques spécifiques. Il permet aussi des cuissons plus rapides et plus propres, sans la fumée ni les résidus produits par la combustion du bois.
Ce type de four est donc un excellent outil pour les céramistes cherchant un bon équilibre entre maîtrise technique et efficacité, tout en conservant la possibilité d’expérimenter des finitions variées. Il est apprécié pour sa facilité de contrôle, ce qui le rend particulièrement adapté à la cuisson du Shino-yaki.


Il réalise une trentaine de cuissons par an, entre 20 et 150 heures par cuisson. Les surprises sont rares, mais chaque cuisson donne un résultat légèrement différent, ce qui l’amène à découvrir à chaque fois des méthodes adaptées pour obtenir la cuisson idéale. Ci-dessous, les principaux émaux qu’ils utilisent :
Glaçure Shino 志野釉 (Shino-yu) : une glaçure blanche ou crème avec des nuances rouges/orangées dues au feu, souvent épaisse et texturée.
Glaçure Oribe 織部釉 (Oribe-yu) : caractérisée par des tons verts vifs et des motifs asymétriques peints en brun ou noir.
Glaçure Ofuke 御深井釉 (Ofuke-yu) : un blanc cassé opaque, lisse et brillante, souvent utilisée dans les poteries de style Ofuke.
Glaçure de cendre 灰釉 (Hai-yu) : réalisée avec des cendres de bois ou de plantes, qui fondent en cuisson et créent des textures naturelles et des effets variés.
« Pour moi, la pratique de la céramique ne se limite pas à la maîtrise technique. Il est tout aussi crucial de partager et de transmettre une sensibilité esthétique commune, un regard porté sur la beauté qui dépasse la simple fabrication des objets. Cette dimension intangible, faite d’émotions, d’histoire et de culture, donne vie aux pièces et leur confère une profondeur unique. En perpétuant cette esthétique, je participe à un dialogue entre générations d’artisans et d’artistes, contribuant ainsi à la préservation d’un héritage vivant, tout en invitant à son renouvellement constant. C’est cette harmonie entre technique et sensibilité que je cherche à cultiver dans mon travail. »
« Je considère qu’une technique, une fois perdue, est très difficile à retrouver. C’est pourquoi la préservation des savoir-faire traditionnels est une responsabilité essentielle pour tout artisan ou céramiste. Ces techniques ne sont pas seulement des gestes, mais des accumulations de connaissances, d’expériences et de subtilités transmises de génération en génération. Leur sauvegarde permet de maintenir vivante une culture artisanale riche et unique. »


« La cuisson au four, notamment dans les techniques traditionnelles, est intimement liée aux conditions météorologiques du moment : température, humidité, vent… Ces éléments naturels influencent directement le résultat final des pièces, rendant chaque cuisson unique et imprévisible. Au-delà de cette interaction technique, la céramique japonaise incarne une profonde harmonie avec la nature, reflet de l’environnement spécifique du Japon, marqué par ses saisons distinctes, ses paysages variés et ses éléments naturels puissants. »
« Cette relation étroite avec la terre, le feu, l’eau, le vent, la céramique et les émaux, se manifeste aussi dans la conception même des œuvres, qui expriment une sensibilité particulière face au cycle de la vie et de la mort, à l’impermanence des choses. La poterie devient ainsi un moyen d’exprimer une philosophie de respect et d’acceptation de la nature, en capturant dans chaque pièce cette beauté fugace et précieuse. C’est cette alliance entre maîtrise technique, observation attentive de la nature, et profondeur spirituelle qui fait toute la richesse et la singularité de la céramique japonaise. »
Shinya MATSUNAGA en 5 dates importantes :
Le jour où j’ai découvert la poterie à Mashiko.
Le jour où je suis entré à l’école de poterie de Seto, dans la préfecture d’Aichi.
Le jour où j’ai intégré un atelier de poterie à Mino.
Le jour où je me suis marié avec ma femme.
Le jour où je suis retourné dans ma région natale, à Kumamoto.

Source des photos et des textes : Shinya MATSUNAGA et Yann san
