
Jin WATARI et ses créations
(1968-)
Né dans une famille de potiers d’Agano, il grandit dans un environnement où la céramique n’est pas un métier mais une manière de vivre. Héritier de l’atelier familial Watari-gama, il est destiné à perpétuer la lignée du Soke (maître de four) de l’Agano-yaki. Après des études en sculpture à l’Université Tokyo Zōkei. Il est aujourd’hui la 12ème génération des potiers du clan WATARI.
Il choisit d’élargir ses horizons en voyageant à travers l’Asie. Ces expériences lui permettent d’absorber différentes approches de la matière et de la forme, au-delà des traditions japonaises. En 1994, il retourne à Agano pour étudier auprès de son père, Kyūbei WATARI. Cet apprentissage réintroduit une rigueur artisanale qu’il conjugue à ses influences extérieures. La combinaison de formation académique, d’expérience nomade et d’héritage familial deviendra la matrice de son identité artistique, entre respect des racines et ouverture vers une sensibilité contemporaine.
La tradition de l’Agano-yaki est née au 17ème siècle sous l’impulsion des seigneurs de Kokura. Elle se caractérise par ses glaçures subtiles, ses argiles fines et ses formes adaptées à l’usage quotidien du thé et de la table. Jin en est l’un des héritiers directs, mais il refuse de se limiter à la reproduction de modèles anciens.
Son séjour en Asie lui a permis d’élargir son regard sur le rapport entre fonction, esthétique et spiritualité des objets. Ainsi, dans ses créations, il revendique une modernité discrète : les pièces conservent la fluidité et l’équilibre propres à l’Agano-yaki, mais elles introduisent parfois des lignes plus audacieuses, des volumes plus sculpturaux.
Cette tension entre fidélité et innovation illustre sa philosophie : un artisan n’est pas le gardien d’un musée, mais un médiateur entre passé et présent. Ses céramiques deviennent des objets de transition, où chaque génération reconnaît à la fois ses racines et une évolution vivante.


WATARI san travaille les argiles locales de Fukuoka, choisies pour leur plasticité et leur capacité à révéler les subtilités des glaçures. Ses cuissons, probablement à gaz ou à bois, poursuivent la recherche d’effets de surface propres à l’Agano-yaki. Glaçures Kohiki blanchâtres et poudrées, transparences colorées par les oxydes, ou encore textures qui semblent respirer sous la lumière.
Ces choix techniques ne sont pas seulement décoratifs : ils visent à produire une expérience tactile et visuelle douce, apaisante, fidèle à sa devise de création. Le geste reste mesuré, jamais démonstratif, et l’imperfection assumée des surfaces invite l’utilisateur à ressentir la matière plutôt qu’à la contempler de loin.
Les formes, souvent sobres et utilitaires, sont pensées pour la main et pour l’usage. L’objet ainsi conçu n’est pas une œuvre isolée, mais un compagnon quotidien. La technique, rigoureuse, devient ici le vecteur d’une sensibilité tournée vers le bien-être et la sérénité.
La philosophie de WATARI san se résume à un mot d’ordre : créer des objets qui apportent « Urui » (richesse, humidité au sens nourricier) et « Iyashi » (apaisement, guérison) à la vie contemporaine.
Loin de l’ostentation, ses céramiques visent une intimité sensible, une harmonie silencieuse entre l’homme et l’objet. Cette orientation traduit une compréhension profonde de la fonction culturelle de la céramique au Japon : non pas seulement un art, mais une médiation entre quotidien et spiritualité.
Depuis son retour à Agano, Jin poursuit ce chemin en conjuguant continuité familiale et regard personnel. Ses expositions, au Japon et à l’international, soulignent son rôle de passeur. Il ne cherche pas à rompre, mais à prolonger un héritage en lui insufflant une douceur adaptée aux rythmes contemporains. Ainsi, chaque pièce devient un espace de résonance, où se rencontrent la main de l’artisan, la mémoire du feu et la vie de l’utilisateur.


Hitoshi WATARI en 5 dates importantes :
1968 : Naissance dans une famille de potiers Agano-yaki (Watari-gama).
1993 : Diplômé de l’université Tokyo Zōkei, département sculpture. Voyage en Asie pour approfondir ses connaissances.
1994 : Retour à Agano et apprentissage auprès de son père.
2000 : Participation à l’échange Japon-Corée des jeunes artistes, et étude de la fabrication de pots traditionnels coréens (Kimchi clay crock)
2012 : Remporte le prix « Kyūshū Asahi Broadcasting Award » au Western Traditional Craft Exhibition ; à peu près à cette période il est reconnu comme membre régulier de la Japan Crafts Association (日本工芸会).
Source des photos et des textes : Jin WATARI et Yann san
Source de la vidéo YouTube : chikuhoroman.com
