
Peggy GERMAIN et ses créations
(1973-)
« Originaire de Bretagne. Elle vit actuellement à Riec-sur-Bélon, en Sud Finistère, près de Pont-Aven, le pays de son enfance. Après un bac littéraire, elle entreprend des études d’infographiste. Sur son temps libre, elle pratique depuis toujours le dessin et la peinture au travers d’ateliers artistiques. Elle travaille aussi l’argile, plus pour du modelage ou de la sculpture. C’est vers 40 ans, que le métier de céramiste s’impose à elle de manière professionnelle comme une évidence. »
« Céramiste et peut-être un peu artiste. Je ne me sens pas « potière » dans le sens où l’on imagine un potier sur son « tour » à créer des séries de pots utilitaires. Le terme « céramiste » a un champ d’action plus large dans sa définition et qui me convient mieux. Je ne tourne quasiment pas si ce n’est les « bases » et les « lèvres » quand il s’agit de bols. Un peu artiste aussi car mes formes et matières, surtout mes jarres, ne sont pas toujours utilitaires, juste un prétexte à exprimer des lignes, des courbes, des textures et des couleurs qui me parlent. »
« Dès l’enfance, chez mes grand-parents et ma tante à Port-Manech, près de Pont-Aven. L’Art y est très présent. Avec ma grand-mère, je parcourais les plages à la recherche de brisures de céramiques polies par la mer, le vent et le temps, tels des puzzles nous recherchions l’harmonie pour de futures mosaïques. Avec mon grand-père qui était géologue, nous partions en ballade à la recherche de « pierres précieuses ». Nous creusions l’argile et les roches au piolet. Dans l’atelier de ma tante, peintre et sculpteur, elle éduque mon œil et mes mains. Elle m’emmène de temps en temps dans un atelier de poterie où elle pratique le modelage. »
« Il y a une vingtaine d’années, je fais l’acquisition d’un four électrique, j’envisageais plus à l’époque de m’en servir pour de la sculpture ou du modelage mais j’ai très vite voulu en profiter pour façonner des petits objets utilitaires. De manière très autodidacte, je me procure quelques ouvrages pédagogiques et je commence à expérimenter. »
« Il y a une quinzaine d’années, lors d’un cours de dessin, un des élèves offre un bol à notre professeur. C’est la première fois que je suis aussi émue devant un bol, un déhanché pas possible, une brutalité mêlée de poésie… un vrai coup de foudre ! Je fais ainsi la connaissance de Philippe FERRETTI, un potier des Alpes, venu s’installer en Bretagne. »
« Il me prendra sous son aile pendant 2 ans. Il pratique une céramique à basse température, Raku occidental (enfumage) et pit fire. Formé dans sa jeunesse à Valauris et par Camille VIROT. On travaille à quatre mains. Petit à petit je m’émancipe, jusqu’au jour où Philippe me dit d’aller explorer d’autres potiers, céramistes, d’autres techniques, travailler la haute température. »
Je commence à chercher et à ce moment là apparaît une « masterclass » chez Patricia CASSONE avec le céramiste Akira SATAKE dont j’admirais déjà tant le travail. C’était la première fois qu’il venait en France. Je découvre la Céramique Japonaise. C’est un tournant artistique qui influence encore aujourd’hui mon travail. Pendant ce workshop, je rencontre Suzanne PERESSE. En visite à son atelier, je découvre une petite assiette noire assez brute avec des bleus intenses mêlés de rouille et surtout cuite à haute température. Elle me partage encore aujourd’hui ses conseils, recettes, expérimentations et résultats. »


« Mon esthétique navigue entre deux grands thèmes : des bols, tasses, théières avec un style japonisant et mon empreinte d’occidentale. De grandes jarres plus artistiques ou sculpturales. De manière générale je recherche des formes assez discrètes et simples. J’essaie de leur apporter un peu de « swing » pour les rendre intéressantes. Mes goûts évoluent constamment et je consacre beaucoup de temps et d’énergie à trouver des nouvelles formes, matières, émaux, combinaisons et superpositions diverses et variées. »
« Ce qui est assez permanent c’est cette recherche d’accord entre le brut et le sophistiqué. Une résonance entre notre nature primitive et notre culture. Notre capacité à ajouter un peu d’élégance, du confort et du raffinement aux aspérités de la vie. L’idée étant de ne pas écraser ou voiler cette nature première mais de l’accompagner. A part pour la vaisselle où je dois m’assurer de l’étanchéité et d’un émail propre à la consommation j’essaie de conserver un maximum la présence de l’argile. Je travaille différents grès cuits en général entre 1260 et 1280°C. Je texture mes pièces avec ce que j’appelle des enduits mais qui ne sont que des boues de grès de différentes couleurs sélectionnées selon l’émail que je poserai. »
« Je dessine en amont les formes que je voudrais exprimer. Je recherche une harmonie de lignes, courbes et contre courbes. Je pars donc avec une intention, assez mentale. Mais dans l’action cela se passe rarement comme prévu. Souvent, à mi chemin de mon façonnage, je dois m’adapter : ou redresser ou réparer ou taper selon l’évènement, c’est à ce moment précis qu’intervient lutte ou accompagnement du défaut. C’est dans cet espace/temps qu’il peut parfois arriver quelque chose d’intéressant. »
« La pose de mes enduits sera aussi l’occasion de m’inspirer. Des paysages, des ambiances apparaissent. Je sculpte ces enduits pour mieux préciser ce que je vois. A ce stade, je réfléchis à la manière dont je poserai l’émail prévu pour mettre en lumière ce premier travail. De nature très curieuse, je regarde aussi beaucoup le travail et les techniques des autres céramistes, peintres et sculpteurs. »
« J’utilise un four électrique. C’est pratique ! Je peux dormir tranquille la nuit. Je sais qu’il est très difficile de rendre un émail intéressant avec une cuisson neutre mais j’ai appris à faire avec, m’adapter et même si je pense souvent aux « réductions » comme un élargissement des possibilités je reste très attachée au confort de mes expériences acquises en four électrique. Mais je ne me ferme pas à cette évolution qui sera bienvenue quand cela deviendra une évidence. »
« J’ai plusieurs courbes de températures selon les émaux. En général je tends à monter assez vite jusqu’à 1100/1150°C puis je le ralentis à pas d’escargot jusqu’au degré final. En moyenne une dizaine d’heures. Le refroidissement étant le plus long (1 à 2 jours selon le chargement et le type de pièces). Je fais aussi des mono-cuissons, surtout quand il y a de la cendre dans l’émail. La courbe est de fait, plus longue. »
« J’aime les émaux satinés à mats voire « savonneux ». Tons sourds de base pour faire ressortir des couleurs plus chatoyantes en superposition. Je recuis plusieurs fois mes pièces. Le fait de « fatiguer » l’émail à être cuit et recuit va produire une sorte d’accord très fusionnel avec la terre. C’est ce qui m’intéresse le plus. Il y a une littérature fabuleuse de recettes. Quand je prends une recette dans un livre, j’obtiens rarement le même résultat que sur la photo et c’est très bien. Je peux d’ailleurs utiliser des émaux prévus pour de la réduction, type Céladon, qui selon le support, grès roux, blancs, engobes porcelaniques. Ils m’offriront une gamme allant de verts tendres au bronze que j’affectionne beaucoup. »


Peggy GERMAIN en 5 dates importantes :
2003 : Ma rencontre avec Olivier, mon compagnon de route, qui m’a toujours encouragé à persévérer dans cette voie artistique et aussi en priorisant un cadre de vie adéquat à mon travail.
2010 : Rencontre avec Philippe FERRETTI qui m’apprend les bases du métier.
2015 : Ce stage avec Akira SATAKE qui orientera plus précisément mon travail.
2015 : Rencontre avec Suzanne PERESSE qui m’initie aux émaux de haute température.
2018 : Rencontre avec Randall MORRIS et Shari CAVIN de la galerie Cavin-Morris à New York au salon de l’Outsider Art Fair à Paris. Ils exposent depuis mon travail dans leur galerie et cela a contribué à une suite d’heureuses rencontres professionnelles.
Source des photos et des textes : Peggy GERMAIN et Yann san
