Les régions françaises de la céramique
En France en 2026, les potiers et les céramistes ne sont pas répartis de manière homogène sur le territoire. Ils se concentrent dans quelques grands bassins historiques où l’on retrouve des ateliers, des écoles, des marchés de potiers et des réseaux professionnels particulièrement actifs.
Les villes les plus connues des céramistes sont La Borne, Dieulefit, Saint-Quentin-la Poterie, Aubagne, Vallauris, Anduze, Soufflenheim, Betschdorf, Lezoux et Cliousclat.
De la même manière que le Japon possède de grands bassins céramiques historiques, comme le Kansai, le Chūgoku ou le Kyūshū, la France compte elle aussi plusieurs régions où la concentration de potiers et de céramistes est particulièrement importante.
En Auvergne-Rhône-Alpes, il s’agit aujourd’hui de l’une des régions les plus dynamiques. Les principaux pôles sont Saint-Uze (avec la « Maison de la Céramique »), Dieulefit, Lezoux et Cliousclat. La Drôme est particulièrement réputée pour accueillir de nombreux ateliers indépendants ainsi que des stages de céramique tout au long de l’année.
En Occitanie, la tradition artisanale est particulièrement forte. Les principaux centres sont Saint-Quentin-la-Poterie, Anduze, Lauzerte et Giroussens. La région accueille chaque année de nombreux marchés de potiers qui rassemblent des artisans venus de toute la France.
En Provence-Alpes-Côte d’Azur, les villes historiques sont Aubagne, Vallauris et Moustiers-Sainte-Marie. La Provence conserve des centaines d’ateliers spécialisés dans la terre cuite, la faïence et la céramique décorative.
En Centre-Val de Loire, le lieu emblématique est La Borne. Ce petit village rassemble environ quatre-vingts potiers et céramistes dans un rayon très restreint, ce qui en fait l’une des plus fortes concentrations de céramistes en Europe.
En Nouvelle-Aquitaine, on retrouve notamment La Chapelle-des-Pots, Limoges et Limeuil. La région demeure très active grâce à la tradition de la porcelaine de Limoges, mais aussi grâce à plusieurs villages de potiers qui perpétuent un savoir-faire ancien.
En Grand Est, les principaux centres sont Soufflenheim et Betschdorf. Ces deux villages perpétuent une tradition potière vieille de plusieurs siècles et demeurent des références de la céramique alsacienne.
En Bretagne, on trouve également de nombreux ateliers, notamment autour de Quimper et de Sarzeau. Les marchés de potiers bretons attirent chaque année plusieurs dizaines de céramistes et un public toujours plus nombreux.
Il n’existe pas de chiffre officiel spécifique aux seuls « potiers-céramistes », car ils sont répartis entre plusieurs statuts : artisans, artistes-auteurs ou entreprises. Les estimations les plus crédibles font état d’environ 4 000 à 6 000 ateliers professionnels de poterie et de céramique d’art, ainsi que de 6 000 à 8 000 professionnels (artisans, artistes et indépendants) vivant principalement de cette activité. Si l’on inclut également la céramique industrielle (carrelage, porcelaine, sanitaires et céramiques techniques), le secteur représente près de 18 000 emplois en France.
Pour rencontrer un grand nombre de céramistes, visiter des ateliers ou même envisager d’ouvrir un atelier au sein d’un écosystème particulièrement dynamique, les secteurs de Dieulefit, La Borne, Saint-Quentin-la-Poterie, Aubagne et Vallauris demeurent aujourd’hui les grandes références nationales. Le Collectif National des Céramistes publie chaque année un document PDF, téléchargeable sur son site Internet, qui recense l’ensemble des marchés de potiers organisés en France.
En 2026, plus de 160 marchés de potiers présentent au public la vitalité de la céramique artisanale française contemporaine. Le constat est simple : à l’échelle régionale, cette céramique est bien vivante ; à l’échelle nationale, elle demeure pourtant relativement confidentielle. Cette dynamique repose avant tout sur les rencontres. Le bouche-à-oreille, les nombreux marchés de potiers et les associations de céramistes jouent un rôle essentiel dans la transmission et la découverte de la céramique artisanale française.
Céramique française actuelle : technique et matière
« J’ai choisi de présenter quatre céramistes que je connais bien. Ce sont des personnes avec lesquelles j’ai eu de nombreux échanges sur leur travail, leur parcours et leur approche de la céramique. Je ne souhaite surtout pas écrire sur des céramistes que je ne connais pas personnellement. Cela serait incohérent avec ma manière de penser et avec les textes que j’ai écrits jusqu’à présent pour le Tōsetsu. »
« Ce choix est donc volontairement subjectif. Il ne cherche pas à établir un classement des « meilleurs » céramistes français, mais plutôt à mettre en lumière des démarches que je connais de l’intérieur et qui, à mes yeux, illustrent une partie de la céramique française contemporaine. Au fil de mes rencontres, je distinguerais deux grandes approches de la céramique utilitaire et/ou artistique que l’on retrouve aujourd’hui en France, mais aussi plus largement en Europe. »
Une céramique de la maîtrise : maîtrise technique et contrôle du résultat
« Ces céramistes développent une technique très précise, que ce soit au tournage ou au modelage. L’application des émaux et des couleurs est réalisée avec beaucoup de rigueur et de réflexion. Les terres et les émaux sont, dans la majorité des cas, achetés auprès de fournisseurs spécialisés. Les cuissons sont effectuées dans des fours électriques et/ou à gaz. »
Sara Mauvilly est une céramiste française dont le travail s’inspire profondément de l’esthétique japonaise et du dialogue entre la terre et les émaux. Après une carrière dans l’univers de la mode et du luxe, elle fonde son atelier Argile124 en 2020 afin de se consacrer pleinement à sa passion pour la céramique. Elle façonne à la main des pièces uniques ou en petites séries, en grès et en porcelaine, et crée ses propres émaux haute température. Ses créations, aux lignes sobres et harmonieuses, célèbrent la nature, les saisons et la beauté des objets du quotidien. En 2025, elle a exposé à Tokyo, à la galerie Rikuu.


Source des photos : Sara MAUVILLY
Grégoire LEMAIRE est un céramiste français et potier autodidacte dont l’univers artistique puise son inspiration dans la beauté des paysages minéraux, des roches et de l’argile. Installé dans le Loiret, il développe depuis plus de dix ans une œuvre singulière où le tournage, la gravure et le travail des émaux dialoguent avec les textures de la nature. Héritier de la tradition potière de La Borne, il crée des pièces sculpturales et utilitaires qui révèlent toute la richesse de la terre. Chaque création témoigne d’une recherche sensible, mêlant maîtrise technique, poésie et fascination pour la matière.


Source des photos : Grégoire LEMAIRE
Une céramique de la matière et du feu : recherche de la matière, du feu et de l’acceptation de l’imprévu
Ces céramistes mènent un véritable travail de recherche autour des terres et des émaux naturels. Ils les récoltent eux-mêmes dans la nature : dans les carrières, les rivières, les champs, sur les plages, ou encore auprès de pêcheurs et d’autres artisans locaux. Cette quête des matières premières fait pleinement partie de leur pratique.
Le façonnage s’effectue aussi bien au tour qu’au creux de la main. Les cuissons sont réalisées dans des fours à bois : fours « ruche », fours Anagama ou Train Kiln, pendant des dizaines d’heures, voire plusieurs jours.
Pour eux, le feu ne constitue pas seulement une étape de cuisson : il fait partie intégrante de leur identité de potier. Il devient une extension naturelle de leur métier, un véritable partenaire de création. Le feu est une présence à part entière dans le processus créatif, capable de transformer chaque pièce de manière unique.
Leurs ateliers sont généralement installés à la campagne, où les longues cuissons au bois sont encore possibles et autorisées.
Claire LANDAIS SAUVAGE est une céramiste française dont la démarche artistique s’inscrit dans une relation intime avec la nature et les éléments. Formée aux arts plastiques en Italie puis à Strasbourg, elle développe un travail singulier autour des argiles sauvages qu’elle récolte elle-même avant de les façonner à la main. Ses bols, cuits dans des fours à bois, révèlent les textures, les couleurs et les empreintes du feu, dans une approche à la fois poétique et primitive. Inspirée par les traditions japonaises et la beauté des matières brutes, elle crée des œuvres qui invitent à la contemplation et célèbrent le dialogue entre la terre, le feu et le temps. En 2024, elle a exposé à Kyōto à la galerie Giō-ji ギャラリー祇王寺.


Source des photos : Claire LANDAIS SAUVAGE
Romuald MAUREL est un céramiste français dont le travail s’inscrit dans une profonde admiration pour les traditions céramiques asiatiques, en particulier japonaises. Formé aux Beaux-Arts de Bordeaux, il exerce d’abord comme directeur artistique avant de se consacrer pleinement à la céramique et à l’étude des grès anciens et contemporains. Collectionneur et connaisseur passionné, il développe une approche où se rencontrent exigence esthétique, maîtrise technique et sensibilité aux matières. À travers ses créations, il met en lumière des œuvres qui célèbrent la sobriété, le geste et la beauté intemporelle de la céramique.


Source des photos : Romuald MAUREL
Entre engouement et exigence
« À l’inverse du Japon, où le métier de potier demeure encore très majoritairement masculin, la céramique est devenue, en France, une affaire de femmes. En 2026, la nouvelle génération de céramistes est principalement féminine. Les anciens potiers, qui pratiquent la poterie depuis quarante ou cinquante ans, sont toujours présents, mais le paysage évolue progressivement. »
« Cette nouvelle génération propose une céramique souvent plus artistique, plus colorée, plus fine et plus décorative. Beaucoup de ces céramistes sont issues des écoles d’art, où elles se sont spécialisées dans la céramique. Leur identité artistique est parfois encore en construction, ce qui explique que l’on retrouve régulièrement des esthétiques assez proches sur les marchés de potiers ou dans certaines galeries. »
« Comme dans de nombreux domaines créatifs, la céramique connaît également ses effets de mode. On voit apparaître des pièces volontairement pincées de manière très brute, aux formes parfois peu abouties, des émaux à base de cendres ou encore une céramique artistique très expérimentale, dont l’approche peut être difficile à appréhender au premier regard. »
« Depuis près de dix ans, la céramique attire aussi de nombreuses personnes en reconversion professionnelle. Beaucoup viennent de la communication, du design ou du retail. Certaines développent un univers très « instagrammable », mais j’ai parfois le sentiment que l’image prend le pas sur la recherche technique, les formes ou le travail des émaux. Ces créations rencontrent souvent un large écho dans les magazines de lifestyle. Je ne suis pas certain que cette tendance contribue toujours à valoriser durablement la céramique artisanale française. »
« J’ai hâte de voir ce qu’il restera de cet engouement pour la céramique artisanale dans les années à venir. Certains artistes sont aujourd’hui connus et reconnus dans le paysage français et ont su développer leur activité avec constance et sérénité. »
« À côté de cela, on voit également apparaître des pratiques plus préoccupantes : des pièces vendues à des prix très bas, des objets de qualité insuffisante ou encore des productions ratées proposées lors de « vides-ateliers ». À mes yeux, cette évolution ne contribue pas à renforcer l’image ni la valeur du métier de céramiste. »
Magazine Tōsetsu n°875 – Septembre 2026
Dans ce numéro 875, la Japan Ceramic Society a demandé, à Yann TOURET, un récit en 3 parties : La céramique actuelle en France. Présentation d’artistes français que je considères comparables aux artistes japonais. Les raisons de ce choix. La traduction de ce récit est traduit au dessus.
Source des photos : Yann san de Maison Wabi-Sabi et Japan Ceramic Society

