
Hiroki ONISHI et ses créations
(1985-)
La terre n’est jamais une matière neutre. Elle porte en elle l’histoire du lieu où elle est prélevée, la mémoire des paysages de Nara et celle des générations qui l’ont travaillée avant lui. Dans son atelier Kōhaku-gama, il façonne principalement des objets destinés à être utilisés : bols, tasses, guinomi ou tokkuri. Le geste reste volontairement proche de la matière, laissant apparaître les variations de la terre, les irrégularités de la surface et les effets imprévisibles de la cuisson.
Certaines de ses œuvres utilisent même des terres liées au patrimoine ancien de Nara, notamment celle provenant des fondations du Yakushiji. Cette matière vieille de plusieurs siècles retrouve alors une nouvelle existence entre les mains du potier. Le temps ne disparaît pas dans la cuisson : il devient visible. Chaque pièce conserve quelque chose du sol, du feu et du geste qui l’ont transformée, comme une mémoire silencieuse que l’usage quotidien vient progressivement prolonger.
Son travail repose sur une relation particulièrement sensible entre le geste du potier et le temps. Façonner une pièce, appliquer une glaçure, attendre la cuisson : chaque étape demande de l’attention et une certaine acceptation de l’inattendu.
Le feu intervient ensuite comme un partenaire que le potier ne peut jamais totalement contrôler. Les nuances de surface, les variations de couleur et les accidents de cuisson deviennent ainsi partie intégrante de l’œuvre.
Cette manière de travailler rejoint profondément l’esprit de l’Akahada-yaki, tradition céramique intimement liée à Nara et à l’histoire de la cérémonie du thé. Pourtant, ONISHI san ne cherche pas à reproduire le passé. Son geste consiste plutôt à le poursuivre. Il reçoit une forme, une technique et une connaissance transmises par sa famille, puis les fait évoluer à travers sa propre sensibilité. Le temps devient alors une matière supplémentaire : celui de la tradition, celui de la fabrication, mais aussi celui qui commence lorsque la pièce quitte l’atelier et entre dans la vie de celui qui l’utilise.


La force du travail d’ONISHI san réside peut-être dans cette capacité à faire du patrimoine japonais quelque chose de vivant.
Ses références à Nara, à ses temples, à ses paysages ou à ses trésors anciens ne transforment pas ses pièces en objets de musée. Elles restent avant tout des objets que l’on peut prendre en main, remplir, partager et utiliser au quotidien.
Un bol ou un petit récipient devient ainsi un point de rencontre entre une histoire plusieurs fois centenaire et un geste contemporain. Le patrimoine n’est plus seulement quelque chose que l’on regarde : il devient quelque chose que l’on touche. Cette dimension est essentielle dans son approche. En inscrivant dans la matière des fragments de l’histoire de Nara, il donne une profondeur particulière à des objets simples en apparence. Leur beauté se révèle progressivement, dans la lumière, au contact de la main, dans les traces laissées par les repas et les années.
La pièce continue alors son histoire après le potier, et le temps de son usage devient à son tour une partie de son héritage.
Hiroki ONISHI en 5 dates importantes :
2015 : Après des études à l’université Doshisha et une 1ère expérience dans le monde de l’entreprise. Il choisit de changer de voie et entre à l’École préfectorale de Kyōto des techniques céramiques. Il commence son apprentissage auprès de son père.
Vers 2017 : Après sa formation à Kyōto, il poursuit son apprentissage auprès du 8ème Rakusai, son frère aîné, et se consacre pleinement à la production au Kōhaku-gama.
Vers fin 2010 : Il développe une expression personnelle de l’Akahada-yaki, en associant techniques traditionnelles, terres locales et références au patrimoine de Nara.
2026 : Son travail continue d’être présenté dans des expositions consacrées à la céramique contemporaine japonaise, notamment à travers des pièces destinées à la table et au thé.
Aujourd’hui : il poursuit la transmission de l’Akahada-yaki tout en faisant évoluer cet héritage à travers des objets du quotidien, où la terre, le feu, le geste et la mémoire de Nara restent intimement liés.

Source des photos et des textes : Hiroki ONISHI et Yann san
